16 janvier 2007
1-Arrivée au Caire
Quel bonheur que
d’être dans une ville ou aucun Père Noël
hideux et démantibulé n’est suspendu aux fenêtres. Cette nouvelle mode
qui
concurrence déloyalement celle des nains de jardins, me fait gerber
tant je la
trouve de très mauvais goût. Trop de Pères Noël tue le Père Noël. Si
encore ils
étaient bedonnants, joufflus, proportionnés, rigolos mais non, ils sont
simplement informes quand ce n’est pas difformes, voir décapités par
une rafale
de vent. Je souhaite que l'an prochain, à l’ instar du MLNJ ( Mouvement
de Libération des Nains de Jardins) se crée un CDPNF ( Comité de
Destruction des
Pères Noël de Fenêtre) ou le but du jeu consisterai pour les membres
actifs, à
les décrocher d’une manière ou d’une autre( harpon, lasso, boomerang)
et à les
immoler sur la place publique pour le motif suivant, accusé d’enlaidir
et de
polluer visuellement le paysage urbain (et rural). Tout cela pour dire
qu’effectivement au Caire il n y a pas de Père Noël de ce genre
accrochés aux
fenêtres, aux balcons, aux échafaudages ou aux minarets filiformes.
Une bien
bonne raison pour retrouver le moral et la joie de vivre, jusqu’a ce que
j’arrive à lSIS hôtel et que je découvre avec une stupeur affligeante un joli
vilain Père Noël ( quand même joufflu et de face celui ci) collé sur la porte
de ma chambre et accroché à un beau parachute multicolore en relief et
dépliable à souhait. Pour une entrée en la matière en Egypte, j'aurais tout de
même préféré un vieux portrait kitch de Ramsès II ou à la rigueur, deux
dromadaires symétriques sur fond de pyramide isocèle.
Sinon le Caire c'est comme Jasseron en un million de fois plus grand, aussi bien en long, en large ou en hauteur. Supposons qu'à Jasseron il y ai dix coups de klaxons par jour, fait le calcul et tu comprendras pourquoi une paire de boules quiès est indispensable au moins pour dormir en paix.
Et figures toi que moi, petit homme des collines, fervent adepte du silence, du calme, de la nature et de l’isolement et bien j aime cette ville et non seulement parce qu’il n’y a aucune crotte de chien sur les trottoirs (ni de Père Noël en mauvaise posture sur les façades des immeubles délabrés). J’aime cette ville, crazyfolledingue, je m'y sens à l’aise et en sécurité, on ne m’embête guère, et je voyage dans le temps à ma guise en changeant simplement de quartier. J’imagine aisément comment pouvait être une ville musulmane au moyen âge et je devine facilement comment sera la même ville en l’an 3000.
Contrairement à la majorité des capitales que
j'ai déjà visité (donc hormis Stockholm et Reykjavik), je n'ai pas croisé un
seul mendiant, pas aperçu un seul pauvre hère agoniser sur un trottoir, pas
décelé la moindre trace de misère extrême, peut être tout simplement parce que
je ne me suis pas encore suffisamment approché des gros sites touristiques. Ça
a vraiment l’air d'être un beau pays l'Egypte, je ne comprends pas cet homme
qui ne voulait pas embarquer dans l’avion lors de l’escale à Milan, Il se
débattait tellement que trois policiers suffirent à peine à l’attacher sur le
dernier siège au fond de l’avion. C’était sans doute le seul à ne pas payer son
billet pour Le Caire et en plus il n’était pas content. le monde est vraiment
mal fait.
Et au fait as tu déjà remarqué que
TERRIEN ça peut aussi s’écrire T'ES RIEN.....?
19 janvier 2007
2-Stage de survie
Après un premier stage de survie en milieu urbain (et musulman) me voici presque acclimaté au Caire. J'ai tout à fait réussi le premier niveau qui consiste à traverser toute chaussée goudronnée sans se faire tailler plus d 'un short. J'ai mis au point une tactique assez simple en imitant les mouvements de hanche des toréadors. Et OLÉ, un taxi sur la droite, OLÉ une lada sur la gauche, OLÉ un bus en face qui m'évite de justesse, OLÉ....
Le deuxième niveau est un test d'orientation "Retrouvez votre hôtel tout seul en partant de la cité des morts" pouvons nous lire sur la plaquette publicitaire du stage. Pour compliquer les choses mais gagner plus de point, j'ai choisi la version "no map, no card". Pas facile les trois premiers jours, j'ai failli rater cet examen mais finalement j'ai obtenu le deuxième niveau avec mention grâce à la conjonction de mon flair et de ma bonne étoile. Seules mes jambes ont eu l'audace de me reprocher de ne pas avoir prit le plus court chemin à l'inverse de mes yeux qui m'ont félicité de cette initiative involontaire. Quand à mon nez, il est resté partagé entre bonheur et envie de se suicider.
J'ai
également réussi haut la main le troisième niveau qui est censé tester
ma tolérance aux aliments les plus déroutants. Vingt points de bonus
m'ont été attribués le jour où j'ai mangé dans cette lugubre impasse
crasseuse et peu fréquentable. Le cuisano (le cuisano est un cuisinier
propre comme un meccano) m'a servi à la main et sans me demander mon
avis, trois poignées de tambouilles différentes ( garanties sans
viande) de couleurs douteuses et de consistance approximativement
comparables à du mortier, le tout accompagné de l'incontournable salade
du chef et servi sur une feuille de journal, avec issue des temps
pharaoniques, une charrette en ruine en guise de cuisine.
-Et m'sieur, vos tomates elles sont bios n'est ce pas?
Bien que le quatrième niveau relevait de l'épreuve de force, j'ai tout de même passé la demi journée prévue par le maître de stage dans KHAN EL KHALILI bazar, le fameux quartier des souks, sans débourser une seule livre égyptienne malgré les rabatteurs intraitables qui veulent, quoi qu'il arrive, vous refourguer un petit souvenir du pays pour chaque membre de votre famille. Entre un Touthankharton et une Cléoplâtre, une pyramide made in china et du papyrus imitation feuille de bananier ( à moins que ça ne soit le contraire) j' ai quand même réussi à boire à l'oeil trois thés, un karkadé et deux ilbas (infusion de fenugrec de belle couleur jaune), à me faire quelques amis et à apprendre le mot TAMALOU à tous les égyptiens croisés qui baragouinent un peu de français.
J'abrège sur le cinquième et dernier niveau que j'ai moyennement réussi et qui s'intitule ainsi "Essayez de passer une bonne nuit malgré les GMV (Gros Moustiques Voraces), la PLM (Putain de Literie de Merde), le MUEZZIN ( Muezzin), la DTDVS (Dose de Théine Dans Votre Sang) et les DBISMD (Divers Bruits Impondérables liés à notre société Moderne et Défaillante)"
Pour célébrer cette fin de stage, je m'offre une petite visite de pyramide, mais attention pas n'importe laquelle, car figures toi qu'en Egypte il n'y a pas trois ou quatre pyramides comme je le pensais moi aussi il y a encore quelques jours, en fait on en dénombre environ quatre vingt dix.
Mon choix se porte sur la pyramide rouge pour plusieurs raisons, bien qu'elle n'ai de rouge que le nom. Cette pyramide est la plus ancienne du monde, la deuxième par la taille, une des mieux conservées, mais aussi et surtout suffisamment excentrée pour être boudée par les circuits touristiques. Me voici donc un pied de ce joyau quadruplement millénaire, la bouche un peu bée quand même, je te jure, il y a de quoi.
Si j'étais allé à Gizeh, il m'en aurait coûté trente cinq euros pour rentrer à l'intérieur de la pyramide, certainement noyé au milieu de japonais et d'américains en short. Ici c'est 3 euros l'entrée et le truc dingue que je n aurais jamais osé imaginer c'est que je suis seul. Une pyramide pour moi tout seul, c'est énorme!!!.
La pyramide rouge, c'est celle du fond..
Presque
accroupi, je descend dans un long couloir incliné long d'une
soixantaine de mètres. Cette position de marche est très inconfortable.
Gros, grands, vieux s'abstenir.
J'arrive dans une première antichambre, me faufile dans la seconde et grâce à un escalier en bois (début 20ieme siècle) j'atteins la chambre funéraire. Ces trois pièces sont dotées chacune d'un plafond à encorbellement d'une quinzaine de mètres de haut. Dans cette dernière pièce, la chaleur et l'odeur sont insupportables, il n'y a quasiment pas d'air, je suffoque et tente de happer de rares bouffées d'oxygène. Incommodé, je reviens sur mes pas jusqu'à la première antichambre où l'air est salvateur et je reste là, les yeux fermés, les paumes ouvertes, les jambes souples et légèrement écartées et j'écoute le silence de ce tombeau royal. Je me gave d'énergie, me goinfre de vibrations, me vautre dans ces fréquences bien loin d'être anodines en tournant sur moi même.
Rechargé
à bloc, je me met soudainement à siffler en improvisant une mélodie
quelconque. L'acoustique est dantesque et mon sifflement est renvoyé a
l'infini par ces fameux plafonds (comme deux escaliers à l'envers qui
finissent par se rejoindre au sommet) Combien sommes nous dans cet
orchestre en sifflement mineur?
Je ne voudrais pas que le gardien s'inquiète alors je rejoins la sortie pour venir vous écrire ces quelques lignes et je termine avec une remarque personnelle que nul ne peut plus nier "l'homme est le cancer de la terre"
Oui je sais c'est pas drôle mais c'est comme ça.
20 janvier 2007
3-Take Caire
Je pourrais en écrire des pages sur cette
capitale beaucoup plus envoûtante que d’autres comme Melbourne, Quito, Ventiane
ou Ouagadougou. Le Caire est une ville telle que l’on n’ose l’imaginer, une
ville dans toute son horrible splendeur, une cité baignée d’une magnifique laideur. Tel Paris,
Londres ou New York qui sont des planètes à elles seules, Le Caire est un
univers entier où chaque être humain est une petite étoile. Il y a autant de
décadence que d’espoir, autant d’optimisme que de dégénérescence. Autant de vie
que de mort. Combien de personnes trépassent chaque jour dans une ville de dix
huit millions d’habitants ?
Je te parlais de la misère inexistante, bien entendu c’est faux, mais chacun essaye de se débrouiller, vendeur de mouchoirs en papier pour cette vieille femme, cireur de chaussure pour ce jeune homme, faux guide touristique pour celui ci, livreur de pain pour cet autre. Tout le monde essaye de préserver sa dignité en évitant la mendicité. Et les plus pauvres devine où ils sont ? Ils sont au cimetière, dans la cité des morts comme on l’appelle ici. Ils squattent les tombeaux tout en entretenant les stèles de leurs ancêtres et pour rien au monde ils n’abandonneraient leurs résidence mortuaire (Pas de loyer, une surface habitable très acceptable, peu de circulation) mais je t'en dirais plus en fin de voyage après notre petite visite dans ce lieu hors du commun.
La misère est aussi et surtout animale, je n’accepte pas le spectacle d’un âne battu, affaibli, écorché, enchaîné, surchargé, assoiffé et que dire des chats, jadis déifiés par les pharaons ? Chaque dépôt d’ordure est gouverné par une meute de chats, les plus faibles se laissent mourir sous les étals des marchands de rue, les plus forts ont bien souvent un œil crevé ou une joue arrachée.
Existe t-il une démocratie dans cet état surpolicé ? Il y avait l’autre soir, une manifestation dans la rue, je me suis approché, attiré par les hurlements des portes voix. Les manifestants, qui réclamaient le jugement d’une personnalité politique qui avait sans doute abusé de ses pouvoirs, étaient bien moins nombreux que le triple cordon de police qui les ceinturaient en les acculant ( du verbe acculer, on est bien d’accord !) contre un mur, chronomètre en main l'air de dire « OK, vous pouvez manifester mais pas plus de dix minutes »
Et puis en
cet instant j’ai une petite pensée pour Toutankhamon qui se retournerai dans
ses deux sarcophages et ses quatre tombeaux si il voyait comme la récupération
de son image est abusive et exagérée.
22 janvier 2007
4-Farafra, le premier rêve.
Stéphanie me rejoint aujourd’hui, je la kidnappe à l’aéroport et je l’invite à manger un houmous liquide sur les berges du Nil tandis qu’une pluie sablonneuse cingle nos visages et ajoute du croustillant à notre collation. Son baptême cairote est de courte durée car mes poumons réclament un peu de répit, alors nous filons chercher de l’air pur et des rêves furtifs dans le désert libyque. Amdi, le sosie de Jamel Debouzze nous accueille à Farafra. Il gagne notre confiance et en profite pour abuser de nous (pas sexuellement je vous rassure).
Dans cette oasis, deux rêves sont accessibles,
nous commençons par le plus coûteux qui consiste à se munir d’une bonne
escorte, de quelques provisions, de plusieurs couvertures en poils de
dromadaire et d’un véhicule plutôt tout terrain, pour explorer l’un des désert
les plus fantastique du monde ; le désert blanc, qui mériterait d’ailleurs
que je l’écrive en majuscule tant ce désert est enchanteur et dépaysant. Il est
toujours difficile d’obtenir en photographie la même impression que sur le
terrain, mais la sélection de photos que j’ai faite parmi les dizaines que j’ai
réalisé sur place devrait tout de même te donner une idée de la beauté et de la magie du lieu. 
On s’amuse à déceler dans ces concrétions calcaires érodées, des profils d’animaux, des visages connus, des formes incongrues, des champignons comestibles, des comprimés effervescents… C’est une véritable chance d’être ici, dans ce décor comme jamais Hollywood n’en à imaginé. Nous pourrions très bien être deux rescapés échoués sur une planète lointaine et inconnue, rien ne décrédibiliserait cette hypothèse. On se plait aussi à imaginer que nous sommes sur la banquise, cernés par des icebergs immobiles avec le luxe suprême de ne pas craindre le froid glacial qui règne en temps normal au Pôle Nord. Le coucher de soleil sublime les gentils monstres du New White Desert et les poches pleines de fossiles et de pyrite, nous rejoignons le campement pour un repas frugal et une nuit sous les étoiles filantes. Tandis qu’un petit fennec vient lécher les casseroles en douce, nous nous prêtons au rituel de la chicha dont le glouglou particulier couvre à peine les gargouillements du ventre de Stef (A croire qu’elle a avalé un dromadaire). Au réveil nous nous éjectons du dessous des couvertures pour aller admirer une dernière fois les environs, avec cette fois ci, un éclairage plus doucereux qui transforme les rochers en de gros nuages cotonneux dans lesquels on a une incompressible envie de plonger .
Avant de
s’immerger dans le second rêve, nous faisons un détour par l’une des nombreuses
sources d’eau chaude qui alimentent l’oasis en pétillant charitablement. C’est
revitalisant et cela compense notre frustration de ne pas avoir pu croquer à
pleines dents dans les appétissantes îles flottantes et les meringues
croustillantes du désert blanc. Stéphanie à l’impression d’être dans le dernier
film de Luc Besson « Arthur et les Minimoys » avec ce robinet géant
au dessus de nos têtes qui crache furieusement de l’eau tout aussi rouillée que mouillée, de la même température
que nos corps.
23 janvier 2007
5-Farafra, le second rêve
Le second rêve se trouve à coté du lieu de nos petits cauchemars, à savoir le bar restaurant de Jamel Debouzze où l’on nous soumet des prix de plus en plus prohibitifs et des cafés de moins en moins buvables.
Ce rêve dont je te parle depuis le début est celui de Badr Abd El Moghny, cet homme est un artiste à part entière. Bâtisseur, peintre, sculpteur, musicien, calligraphe, visionnaire, il a consacré sa vie à son œuvre et son univers quelque peu primitif, construit autour d’une vision idyllique de son oasis perdu (aux deux sens du terme) est un véritable havre de paix et de méditation où les éléments naturels sont à l’origine de chaque création.
L’œuvre de Badr me fait penser à ce que notre facteur Cheval national nous a légué, il n’aime pas le mot musée et emploie celui de rêve pour décrire son lumineux travail.
J’espère que
toi aussi, auras un jour l’occasion de partir à la rencontre de cet homme hors
du commun qui a fait le choix, dans un pays très conservateur, de prendre des risques artistiques et allez
quelque peu à l’encontre du courant en sortant des sentiers battus.
Si ces photos t’on donné envie de partir à Farafra, ne salue pas Jamel Debbouze de ma part et évite de te faire arnaquer dans son hôtel (Al Waha) et dans son café. Son agence d’excursion n’étant sans doute pas la meilleure non plus, privilégie plutôt les excursions depuis l’oasis de Baharia où la concurrence entre les agences influence sur la baisse des tarifs. A bon entendeur, salam !
24 janvier 2007
6-Rencontre avec le Désert (par Stéphanie)
Le Désert…
Le Désert,
c’est cette immensité qui s’étend devant moi, autour de moi, se perd et se
cache à ma vue derrière quelque dune ou autre élévation rocheuse, mais qui
toujours dévoile à qui le sillonne d’autres majestés et d’autres infinis.
Le Désert
est soleils, vents, sables, pierres, craies, roches….
Le Désert
est jaunes, ocres, ors, orangés, saumonés, noirs, blancs, crèmes, siennes,
bleus, verts…
Le Désert,
c’est à la fois la simplicité et à la fois la complexité, à la fois le calme et
à la fois la turbulence, à la fois toujours pareil et à la fois toujours
différent, à la fois le vide et à la fois le plein, à la fois brûlant et à la
fois glacial, à la fois la sérénité et à la fois le danger…
Le Désert
semble mort, immobile, figé, pourtant, il est vivant, remuant, changeant…
Le Désert
bouge, il se transforme, il évolue…
Le Désert
est complet, entier, paradoxal, mystérieux.
Le Désert
est silence.
Le Désert
enveloppe, il pénètre, il remplit, il envoûte…
Le Désert
est splendeur, grandeur, plénitude.
Le Désert
est témoignage du passé, mémoire des ères lointaines, archives de l’Histoire de
la Terre.
Le Désert
est secrets.
Le Désert…
Ces tous petits bouts de désert explorés dans l’immensité du Désert Libyque…
Ils auront
été aussi synonymes de longues heures de découvertes intimes, à la recherche de
petites pierres noires aux formes incroyables, de dents de requins fossilisées
ou autres ammonites pétrifiées par le temps ; d’une brûlante ascension sur
des hauteurs sableuses pour des panoramas imprenables sur les vallées
environnantes, d’une nuit étoilée à l’abri du froid sous plusieurs épaisseurs
de couvertures suivie d’un lever de soleil solitaire sur un paysage
lunaire ; de longues heures de bus à poursuivre l’horizon, d’interminables
routes goudronnées qui filent toujours tout droit, de fertiles oasis où la vie
rurale est rude mais accueillante ; de dépouilles animales et d’ossements
blanchis par le soleil et le vent ; de siestes frisquettes à l’ombre de
modestes rochers ; de mille traces en tout sens, de fennecs et scarabées
agités pour des raisons qui nous restent inconnues ; de
« Welcome ! What’s your name ? K’m Ben ? » ; des
ocres et sienne, des pigments naturels qui maquillent involontairement les
doigts ; de beautés surprenantes et toujours renouvelées à chaque minute,
après chaque monticule, chaque virage ; d’une petite coccinelle venue
atterrir sur les vaguelettes d’un sable immaculé ; d’émotion, de
bien-être……
Un grand
coup de cœur pour le Désert ! L’envie d’y retourner, d’en découvrir
d’autres…
25 janvier 2007
7-Oncle Ben's est à El Qasr
Plus au sud, une autre oasis croise notre route, celle
de Dakhla, parmi les villages qui la composent, notre choix se porte sur
celui de El Qasr.
En arrivant, un allemand me dit qu'il y a cinq
ans, il voulait s'arrêter une nuit, il y est resté quinze jours et il
revient chaque année dans cet hôtel tenu par un certain Mohamed.
Je
souris en lui disant que nous sommes assez pressés, que nous avons
encore beaucoup de chemin à parcourir, de sites à visiter et que
malheureusement nous pensons ne pas pouvoir rester plus d'une nuit.
Cinq jours plus tard, j'explique à une coréenne de passage à El Qasr que nous voulions simplement passer une
nuit ici.
Tu dois bien te demander ce qui retient ainsi les voyageurs de passage?
Déjà
il y a Mohamed qui est attachant contrairement à de nombreux autres
Mohamed qui sont collants. Il y a aussi la cuisine de Mohamed, le petit
déjeuner de Mohamed, les bonnes blagues et la bonne humeur de Mohamed,
les bons conseils pas toujours compréhensibles de Mohamed, sa curieuse
façon de toujours dire "Why?" qui m'oblige à lui répondre "Why not!!"
avant d'éclater de rire ensemble.
Pour
te donner une idée, la chambre, le petit déjeuner gargantuesque servi
sur la terrasse et le souper à volonté, nous coûte par jour et par
personne 4,5 euros.
On ne peut même pas lui en vouloir lorsqu'il
nous prête, moyennant quelques livres égyptiennes, ses deux vélos (si
on peut appeler ça des vélos) et que nous sommes obligés, deux jours de
suite, de rentrer au bercail à l'arrière d'un pick-up suite à diverses
avaries comme le pneu arrière qui se déchausse ou le pneu arrière qui
se déchausse ou le pneu arrière qui se déchausse.
Ensuite
il y a les habitants de El Qasr qui nous assomment de welcome, de
hello, de riz de l'oncle Bens, qui nous étouffent sous leurs sourires,
leurs poignées de main, leurs invitation à partager le thé. Bien sûr,
lorsque j'emploie ici les verbes assommer et étouffer c'est en donnant
un sens positif à ces mots. Même si c'est parfois un peu pesant ça ne
reste que du bonheur et pour le riz de l'oncle Bens je me dois de
t'expliquer, cher lecteur adoré, la signification.
Quelques enfants nous interpellent parfois en disant " Unkeul Ben?"
Nous
avons longtemps cherché la raison pour laquelle ils nous parlaient
continuellement de ce vieil oncle américain producteur de riz, jusqu'à
ce que je suppose qu'il s'agisse d'une déformation due au téléphone
arabe et dont la lointaine phrase originale serait: Do you have a pen?
(car les égyptiens ont tendance à prononcer un B à la place du P).
Notre
envie de continuer le voyage est aussi réfrénée par la nature
environnante, véritable écrin débordant de luxure végétale, de trésors
minéraux, de divines estampes, de variables lumières et de pâlichonnes
étendues, réminiscences miniatures du désert blanc.
L’ancien village n’est pas non plus étranger au phénomène
de séduction qu’exerce sur nous cette partie reculée de l’Egypte. Même si la
population de chauves souris est supérieure à celle des hommes, l’âme de cette
vieille citadelle est encore bien présente et, sans égaler pour autant le
fantasme d’une glace au citron vert, la fraîcheur offerte par les ruelles
couvertes et ensablées est la bienvenue en plein cœur de l’après midi, alors que le soleil est à son paroxysme.
En résumé,
que l’on soit passionné de nature, d’archéologie, de géologie, d’histoire, de
randonnée, que l’on préfère les fallafels et les bananes aux steaks frites et
aux pommes farineuses, que l’on ne craigne pas trop la poussière, ni les
ordures ou les cadavres d’animaux dans les rues, on peut dire qu’El Qasr est un
endroit où il fait bon vivre à condition de savoir se passer d’internet et de
TF1.
26 janvier 2007
8-Deux mots magiques
Si tu vas un
jour en Egypte, sache qu’il existe deux mots magiques dont on peut se servir
quand la barrière de langue fait obstacle ou quand on veut simplement se faire
des amis rapidement. Ces deux mots sont faciles à retenir et à prononcer bien
que l’un d’entre eux finisse bientôt par tomber dans l’oubli, ils sont compris
dans toute l’Egypte et bien au delà et pourront te servir également en
Algérie, au Maroc, en Irak, en Palestine,
au Zanzibar….(à éviter toutefois en Italie)
Je ne vais pas te laisser languir plus longtemps et te dévoiler ces mots que tu n’oublieras pas de noter sur les pages C et Z d’un petit répertoire facilement transportable. Chirac , Zidane, deux noms universels qui déclenchent des sourires et suscitent des félicitations malgré mon obstination à expliquer que je n’y suis pour rien, que je ne les connais pas personnellement et qu’aucun d’entre eux n’est mon voisin (bien que cela me soit arrivé de le faire croire).
28 janvier 2007
9-Denderah le temple aux mille visages éffacés
Après l’oasis de Dakhla, il semble logique de passer par Louxor, c’est d’ailleurs ce que nous avions prévu de faire, car la vallée des rois reste un site incontournable dans ce pays. Pourtant, à la veille du départ, nous décidons de boycotter purement et simplement cette destination pour plusieurs bonnes raisons.
Premièrement, nous refusons de financer et de cautionner la politique du gouvernement et de la ville de Louxor, qui à grand renfort de bulldozer détruit les maisons trop proches des sites touristiques afin de ne pas troubler ni épouvanter les touristes calfeutrés dans les bus climatisés. Trois cents familles (Et ce n’est qu’un début) pourtant installées depuis des générations se sont ainsi vu délogées et "demerdez vous, il suffit de quelques briques en terre pour vous reconstruire un abri"
Une méthode de nettoyage qui pourrait peut-être donner des idées au candidat de l’UMP ( échange bulldozer contre karsher) .
Après notre cure de quiétude, il nous semblait aussi bien difficile d’aller tenter le diable, car Louxor est surnommée « la capitale des rats » (Batteurs, coleurs, bat-joie) et l’idée de se battre à nouveau contre des malpolêtes (les malpolêtes sont des gens malpolis et malhonnêtes) ne nous enchantait guère (Les anecdotes au sujet des arnaques et de la mauvaise foi des margoulins locaux sont nombreuses et décourageantes)
L’usine à
fric est aussi l’autre appellation de Louxor, celui que lui donnent les
égyptiens. Notre chemin s’oriente donc plus au nord pour une escale à Quena où
se dresse un magnifique temple : celui de Denderah, dédié à Hathor la
déesse de l’amour.
Cependant nous arrivons dans une région classée à risques. Il est impossible de se promener seuls sans escorte policière, nous essayons toutefois de passer à travers cette contrainte, mais nous sommes vites repérés et subissons plusieurs interrogatoires.
D’où vient-on ? Qui sommes nous ? pourquoi sommes nous là ? Où allons nous ? Que pense t-on de l’Egypte ? Aimons nous Dalida ? Sait-on jouer de la cornemuse ? A t-on déjà mangé du ragondin ?
A vrai dire, ils sont aux petits soins avec nous, dévoués, aimables, serviables, voir même un peu lèche bottes (dans l’espoir d’un bon bakchich évidemment). Nous ne sommes pas habitués à autant de sollicitude de la part des représentants de la loi et finissons quand même par arriver au temple de Denderah après tout ces multiples contretemps.
Nous nous demandons parfois si nous ne sommes pas les seuls occidentaux en Egypte, car encore une fois, hormis quelques égyptiens disséminés entre les pierres écroulées, nous bénéficions d’un monument historique rien que pour nous deux.
Je reste sur
le cul (Par pudeur je ne me permettrais
pas de parler au nom de Stéphanie cette fois ci), face à ce temple écrasant qui en l’espace d’une
seconde me fait prendre conscience de l’importance de la civilisation
égytienne. Plus que l’imposante silhouette de l’édifice, ce sont les dizaines
de milliers de hiéroglyphes qui ornent chaque centimètre carré de pierre qui
m’impressionnent le plus. J’exprimerais mon impression par l’oxymore
suivante : il s’agit d’un travail monumentalement méticuleux.
Malheureusement les premiers crétins
chrétiens, n'ont rien trouvé de mieux à faire que de s'adonner à des
actes de vandalisme en martelant la plupart des visages représentés sur
les murs de ce temple, voulant de ce fait effacer les symboles d'une
religion polythéiste et largement démodée à leur sens.
Deux heures plus tard, les bus des tours
operators arrivent en masse. Les
groupes courent derrière les guides pressés qui agitent des petits drapeaux de
couleur différentes. Une italienne portant un masque de protection respiratoire
court aux toilettes. Les commentaires, tel un bruit qui court, résonnent dans
toutes les langues formant un brouhaha inaudible. Un bob s’envole, son
propriétaire court après. Les appareils photos pris de court, flashent à tout
va. Une américaine court un danger, elle se cogne la tête en haut de
l’escalier. Et nous par les temps qui courent, on préfère mettre les voiles,
toujours sous protection policière jusqu'à la station des microbus de Quena.
Et au fait connais tu la différence entre un voyageur et un touriste?
C'est pourtant facile....
Le voyageur ne sais pas où il va, le touriste ne sait pas où il est allé.
29 janvier 2007
10-N'allez pas à Hurghada.
(Pour connaitre la vérité sur la température de l'eau lisez ceci :http://welcometoegypt.canalblog.com/archives/2007/01/30/4015870.html )
Nous avions également décidé de faire une escale sur le littoral de la mer rouge, histoire de finir ce voyage en beauté. Faute de temps, nous nous retrouvons comme des cons à Hurghada, alors qu’au départ nous visions plutôt des petits ports situés plus au sud. En voyant cette ville, une soudaine envie de vomir me serre le ventre. Comme sortie d’un "Bouygues volcan" une immense coulée de béton dégueule jusqu’au rivage, un flot discontinu de constructions anarchistes et hideuses s’agglutine le long de la plage avec une désinvolture choquante ; des milliards de tonne de ciment, recréent dans un lieu jadis paradisiaque, des parodies de Disneyland pour des capitalistes soviétiques bouffis. Hurghada n’est qu’un immense chantier de plusieurs dizaines de kilomètres de long où simplement quelques ouvriers s’affairent par ci, par là au rythme des travailleurs méditerranéens.
Il n’y a pas besoin de beaucoup de bon sens pour penser que tous les eaux usées générées par une telle ville champignon, ne finissent qu’à un seul et même endroit. Pauvre mer rouge, pauvres poissons, pauvre corail, pauvre monde.
En ville, nous sommes une fois de plus la cible de toutes les convoitises mais forgés par les semaines précédentes, nous nous faisons arnaquer que trois ou quatre fois et arnaquons à notre tour plus d’un égyptien. Se promener dans le bazar est comme déambuler dans un jeu vidéo, nous aimons cela, écouter les boniments, tenter des réponses farfelues, esquiver la crapaudaille, les fallacieux ou les paltoquets, s’esquisser au dernier moment, prendre tout cela à la rigolade, ne froisser personne, s’amuser de ce contact qui par certains cotés me rappellent mes conditions de travail. Comment savent-ils que nous sommes français ?
Ca se voit tant que cela ?
C’est clair qu’on ne ressemble pas à des russes, mais nous pourrions être suisses, belges, canadiens, luxembourgeois, espagnols, andorriens….
Ils ont réponse à tout, ils parlent toutes les langues, en plus ils ont de l’humour.
-Par ici monsieur, c’est moins cher que Leclerc !
-La différence entre une petite fille et une grande fille ? je la connais on me l’a déjà demandé trois fois!
-Pardon monsieur, lâche moi les baskets, ça veut dire quoi ?
-Non merci, j’en veut pas de votre faux safran, de votre origan poussiéreux, de votre karkadé hors de prix, de votre poivre plein de colorants, de vos racines de papyrus contre la toux ou de votre cannelle éventée qui traîne ici depuis je ne sais quand.
Le lendemain, malgré le vent et le froid, nous embarquons à bord d’un bateau spécialisé dans l’acheminement des touristes sur les sites de plongée. Lors de l’inscription, je m’inquiétais un peu sur la température de l’eau. Pour nous vendre sa sortie le gars de l’agence nous rassure en nous affirmant qu’elle est à 25°. Au matin avant de partir, le même gars nous dit que l’eau est glaciale et que l’on doit prendre des combinaisons, forcément non incluses dans le prix. Nous ne nous laissons pas berner et le chauffeur avec qui nous avions rendez vous à huit heures du matin vient nous chercher à dix heures, c’est ce qu’ils appellent l’egyptian time. Bref….
Nous sommes seulement huit courageux à bord.
Je me jette à l’eau en établissant mon propre diagnostic , l’eau n’est ni trop chaude, ni trop froide, supportable quoi !
Brassé par le roulis je tente tant bien que mal d’admirer les récifs coralliens et les splendides poissons qui les habitent.
Deux tasses et sept piqûres de méduses plus tard, je remonte à bord reprendre mon souffle et maugréer contre les petits désagréments de la journée qui gâchent quelque peu cette sortie en mer. Je m’assois à coté de l’un des jeunes membres de l’équipage.
-Tu vois mon ami, la mer c’est ma vie, c’est mon travail, j’aime ce travail, me dit-il en jetant son paquet de cigarettes à l’eau.
Je me fâche pour de bon en lui disant qu’il est stupide, que son geste n’a aucun sens, qu’il peut très bien utiliser la poubelle qui est à bord, que si tout le monde fait comme lui les vacanciers ne viendront plus et qu’il n’aura plus de travail. Je lui ordonne sans succès de se jeter à l’eau pour rattraper sa merde.
Il me regarde en souriant, se demandant si je suis sérieux ou si je plaisante, il me répond :
-La mer c’est notre poubelle !
Je suis désespéré, je lui tire l’oreille en lui demandant de ne jamais recommencer et ponctuant mon geste d’un clin d’œil je rajoute : Next time, rubbish !! J’ai le sentiment qu’il a compris, je ne serais pas allé à Hurghada pour rien.







































